Espace Presse



Contactez-nous si vous souhaitez obtenir un accès presse

Espace Artiste



Contactez-nous si vous souhaitez obtenir un accès artiste

Descendances du nu

Jimmy Robert

Du Samedi 18 Juin au Dimanche 25 Septembre 2016


La pratique de Jimmy Robert oscille entre divers formats : photographie, dessin, vidéo, sculpture ou performance, autant de terrains qu’il investit de son corps et sa voix. Mais c’est aussi par d’autres corps et d’autres voix qu’il se laisse traverser, ceux d’artistes majeurs du XXème siècle dont il reproduit les gestes, les poses, les manifestes ou les images. C’est le cas de Figure de style (2008), reprise d’une célèbre performance de l’artiste japonaise Yoko Ono (Cut Piece, 1965) au cours de laquelle celle-ci demandait au public de découper au ciseau des morceaux de son vêtement, dénudant petit à petit son corps. Jimmy Robert reprend le principe de la performance originale, son potentiel de tension érotique et sa violence sous-jacente, mais dans son cas, ce sont des morceaux de scotch papier blanc que le public est invité à retirer du corps noir de l’artiste ; au rapport de force entre les genres, Jimmy Robert ajoute une tension supplémentaire, celle qui oppose figures hégémoniques et subalternes, dans un jeu de désirs inassouvis et de gestes ambigus.  

En se plaçant à dessein dans le sillage d’artistes femmes (la chorégraphe Yvonne Rainer, la performeuse Carolee Schneemann, ou encore Marguerite Duras dont l’écriture littéraire et cinématographique lui inspirent plusieurs œuvres), Jimmy Robert construit une généalogie artistique qui ne s’écrit plus seulement sur le mode patriarcal. 

A la synagogue de Delme, Jimmy Robert propose une nouvelle installation visuelle et scénique où ces questions de généalogies, de citation et d’appropriation restent centrales. 

Le titre de l’exposition, Descendance du nu, est une référence directe au célèbre tableau peint par Marcel Duchamp en 1912 : Nu descendant un escalier. S’il fit scandale en 1912, le tableau marque néanmoins un tournant majeur dans l’histoire de l’art et impose Marcel Duchamp comme un des pères de l’art moderne et contemporain. 

A cette figure du père, Jimmy Robert associe des mères, soit des artistes femmes qui se sont employées à leur tour à reproduire le motif du nu descendant un escalier : c’est le cas d’Elaine Sturtevant, Sherrie Levine, Louise Lawler, toutes trois connues pour avoir donné à la copie et à l’appropriation leurs lettres de noblesse, dynamitant au passage les questions de signature, d’auteur et d’originalité, tout en faisant de la pratique artistique une infinie remise en circulation d’images. 

L’installation que Jimmy Robert a conçue pour Delme est constituée de plusieurs éléments : un rideau tombant depuis le balcon du premier étage, imprimé de motifs répétés, pulvérise littéralement le tableau de Marcel Duchamp tout en faisant du lieu d’exposition une scène de théâtre, un espace où l’on active les images, où l’on peut venir performer l’histoire de l’art pour en faire ressortir de nouvelles lignes de fuite, et pour donner à voir ce qui était jusque là hors-cadre. 

En vis-à-vis de cet immense rideau, des images posées sur un escalier combinent diverses références et appropriations du nu descendant l’escalier, tel que l’ont relu plusieurs femmes artistes au XXème siècle. Le texte commandé à la critique d’art et théoricienne Elisabeth Lebovici, édité par le centre d’art pour l’occasion, apporte à son tour un éclairage passionnant sur le travail de Jimmy Robert. 

Par ailleurs, une pièce sonore conçue avec l’artiste sonore Ain Bailey fait entendre une succession de voix féminines. Si elles émanent de la coursive à l’étage (espace réservé aux femmes dans l’ancienne synagogue), les voix échappent à ce lieu d’assignation pour circuler dans toute l’architecture et l’habiter pleinement. 

Le soir du vernissage, Jimmy Robert présente une performance dans laquelle il se met lui-même en scène, au ras du sol. Ce corps rampant, à terre, vulnérable et définitivement descendu de l’escalier, provoque alors des sentiments confus, où le rire est à tout moment susceptible de devenir la face cachée du désir. 

Marie Cozette

 

 

Cette exposition a été réalisée en partenariat avec :

Jimmy Robert est né en 1975, à Saint Claude en Guadeloupe. Il a étudié à l’école d’art Goldsmith à Londres ainsi qu’à la Rijksakademie à Amsterdam (2004 – 2005). Il vit à Bucarest en Roumanie. 

Il est représenté par la galerie Stigter / Van Doesburg à Amsterdam et par la galerie Tanya Leighton à Berlin. 

Ses expositions personnelles récentes incluent entre autres : M Museum Louvain, galerie Tanya Leighton, Berlin (2015), centre d’art Power Plant à Toronto (2013), Museum of Contemporary Art de Chicago, Picture This à Bristol, Galeries Nationales du Jeu de Paume à Paris (2012), centre d’art contemporain de Brétigny, CCA Kitakyushu (2009)…

Ses performances ont été montrées dans de nombreuses institutions : Migros Museum de Zürich, Kunsthalle de Bâle, South London Gallery, Museum of Modern Art New York…

Ses expositions collectives récentes incluent : Centre d’art contemporain de Genève (2015), Palais de Tokyo à Paris, Biennale de Dakar, Biennale de Berlin (2014, 2008), Kunstverein de Munich, Musée d’art contemporain MART à Rovereto (2012), Tate Liverpool, Wiels à Bruxelles (2011), Institute of Contemporary Art de Londres (2009)…